Solo – 2019 – Version courte : 20 minutes / Version longue : 45 minutes

No-Mad(e) est un titre à tiroir très évocateur pour une première pièce signée en tant qu’auteur, un solo aux multiples déclinaisons.

Marino Vanna, porté par son riche parcours d’interprète, s’est exercé depuis longtemps à la danse intégrant de multiples styles. Une diversité similaire à sa propre identité qui prend racine au croisement de différentes cultures. Aussi ce premier projet qu’il réalise en tant que chorégraphe invite-t-il au voyage. Mouvement vers soi, vers l’autre, … à la rencontre de l’inconnu ? L’écriture d’un solo a cette particularité de pouvoir jouer entre le dedans et le dehors, la fiction et l’autobiographie, l’intime et l’universel.

Alors jouons à partir de ces pistes de lectures que sont, telles que Marino Vanna les décrit, ces trois premières nécessités : expression, création, éléments de recherche chorégraphique. D’autres mots clés invitent à poursuivre l’énigme de cette première pièce fondatrice : langage – état de corps – la performance et le social- le voyage et l’identité – du multiculturel à la singularité – défi – urgence – instant T – authenticité – recherche …

No-Mad(e), en français, cela sonne comme « nomade » : et cela pourrait bien convenir pour qualifier l’identité de Marino Vanna qui est le fruit de voyages et de rencontres, de guerre et d’amour. Son grand-père Martiniquais, soldat français, a rencontré sa grand-mère cambodgienne lors de la guerre d’Indochine. C’est ainsi que sa mère est née au Vietnam et que plus tard, à l’âge de 18 ans, elle a rejoint la France. Quant à son père, il a dû fuir le Cambodge lors de la période des Khmers rouges. C’est à Strasbourg où il parvient à s’installer qu’il rencontre sa femme, la mère de Marino.

No-Mad(e), « no mad » en anglais, cela signifie « pas fou ! » Et Marino Vanna, a priori, ne l’est pas … quoi que … Il aime danser, soit, mais quelle idée folle de vouloir en faire son métier! Pour certains l’art et la danse sont des loisirs, des passe-temps, des éléments d’échanges sociaux et communautaires, mais on ne peut en faire son métier… Pour le jeune artiste, après avoir choisi la profession de danseur, le fait de se lancer dans la chorégraphie avec une première pièce de compagnie est un nouveau défi.

No-Mad(e), ou pourquoi pas « No Made », cela suggère encore du côté de l’anglais quelque chose qui n’est pas fait, ou bien un concept, un peu comme les « ready made » à la Duchamp. Dans ce solo, ce « no made » pourrait être un espace ouvert à la réflexion sur la construction industrielle ainsi que sur la fabrication : de soi, des choses à l’image de la société de consommation… Dans cette intention s’exprime d’emblée un désir, une volonté d’authenticité qui tient de la posture : « je danse comme je veux… et pas comme vous voulez me fabriquer ». Il y a aussi l’idée que Marino Vanna, en tant que performer, prévoit de préserver une marge d’improvisation dans sa création. Cette part de « live dance » est pour lui une nécessité : « Elle privilégie l’interaction entre le public et l’état du danseur à « l’instant T ». Formulation qui valorise l’instant et la place de chacun, avec son droit d’exister et de s’exprimer. La démarche de Marino Vanna est porteuse d’une idée de la danse qui ne réduit pas l’esthétique à la forme ou au concept mais qui est d’abord un vecteur social.